PhysiologieI. Caractéristiques de la physiologie de l’eau, de la prime enfance jusqu'à l'adolescenceI.1. Teneur en eau du corpsI.2. Équilibre hydrique du corps I.2.1. Principales pertes en eau chez l'enfantI.2.2. Gains en eauI.3. Régulation del'équilibre hydrique du corpsI.3.1. Régulation par les reinsI.3.2. Mécanisme de la soifI.3.3. ThermorégulationHydratationII. Importance d'une hydratation adéquate pour la santé de l'enfantII.1. Évaluation du risque de déshydratationII.2. Niveau d’hydratation et activité physiqueII.2.1. Effets de la déshydratation au cours de l’activité physiqueII.2.2. Les enfants sont-ils affectés différemment à l'effort comparé aux adultes ? II.2.3. Consommation d'eau et activité physiqueII.3. Niveau d'hydratation et fonction cognitiveII.3.1. Qu'est-ce que la cognition ?II.3.2. Impact de la déshydratation sur la fonction cognitive de l'enfantII.3.3. Effets bénéfiques d'un apport en eau supérieurLe défiIII. Le défi de l’hydratation chez l’enfantIII.1. Apport total en eau et consommation de liquides chez l'enfant III.1.1. Recommendations en matière d'apport total en eauIII.1.2. Consommation de liquides chez l'enfantIII.2. Augmentation de l'apport en eau : un fondement des programmes de sensibilisation des enfants à une hygiène de vie saineIII.2.1. Effets prometteurs de l'apport en eau dans la prévention du surpoidsIII.2.2. Une action prioritaire, en faveur d'une hygiène de vie plus saine chez l'enfantIII.2.3. Action mondiale : exemple de programme de développement à long termeEn conclusionRéférencesQuiz

Le défi

III. Le défi de l’hydratation chez l’enfant

III.1. Apport total en eau et consommation de liquides chez l'enfant       

III.1.1. Recommendations en matière d'apport total en eau

Nombreuses sont les autorités régionales et internationales (EFSA, IoM, WHO) à avoir établi des recommendations en matière d'apport total en eau. Toutefois, contrairement à d'autres nutriments, peu d'études ont été menées sur la quantité d'eau requise pour prévenir les maladies ou être en meilleure santé.  De ce fait, aucun seuil de consommation, qu'il soit supérieur ou inférieur, n'a été associé à un bénéfice ou à un risque en particulier.  Plusieurs méthodes ont été utilisées pour définir un apport adéquat en eau. La plupart d'entre elles s'appuient sur des enquêtes et des calculs théoriques, d'où une grande disparité dans les valeurs de référence d'un pays à l'autre (Tableau 1).

 

Aux États-Unis et au Canada, l'apport adéquat en eau chez l'enfant est basé sur la consommation d'eau médiane observée dans les données de la troisième enquête américaine sur la santé et la nutrition NHANES III (Third National Health and Nutrition Examination Survey) (IoM, 2004).

 

Les recommendations officielles les plus récentes en matière d'apport total en eau ont été publiées en 2010 par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Chez l'enfant, l'apport adéquat est basé sur les consommations observées dans le cadre d'études ayant pu évaluer la contribution de l'eau provenant des aliments, le résultat ayant été ajusté afin d'atteindre une quantité d'eau disponible de 1 mL/kcal ingérée et de prendre en compte les variations entre les individus.

 

Selon les recommendations, les enfants ont des besoins en eau spécifiques jusqu'à la puberté, comparativement aux adultes (Tableau 1). Jusqu'à la pré-adolescence, l'apport recommandé est plus élevé pour les garçons que pour les filles. 

tableau : Valeurs de référence pour la consommation totale en eau (nourriture + liquides) par tranche d'âge

Tableau 1. Valeurs de référence pour la consommation totale en eau (nourriture + liquides) par tranche d'âge.

 

Ces valeurs de référence de la consommation totale en eau incluent l'eau provenant des aliments et celle provenant des boissons de toutes sortes, y compris l'eau. Pour les adultes, on considère que les aliments contribuent à l'apport total en eau à hauteur d'environ 20 % (EFSA, 2010). Jusqu'à présent, aucune évaluation n'a été effectuée en ce qui concerne les enfants.

 

L'EFSA n'a défini aucune limite supérieure de sécurité en matière de consommation d'eau, en raison de la capacité des reins des sujets sains à excréter l'excès d'eau ingéré, capacité pouvant atteindre 0,6 à 1 litre d'urine par heure chez l'adulte (Noakes et al., 2001).

III.1.2. Consommation de liquides chez l'enfant

Les données disponibles indiquent que les enfants ne boivent pas suffisamment et que leur consommation n'atteint pas l'apport quotidien recommandé. Selon les données d'observation de l'enquête NHANES (États-Unis), l'apport total quotidien moyen en eau chez les enfants et les adolescents ayant entre 4 et 19 ans est inférieur aux recommandations de l'IoM (eau provenant des boissons et des aliments) (Kant et al., 2010). D'après les résultats de l'étude DONALD (Allemagne), 49 % des garçons et 29 % des filles ayant entre 4 et 11 ans sont considérés comme étant insuffisamment hydratés (Stahl et al., 2007). De plus, si la contribution de l'eau plate (de 22 % chez les 2 à 5 ans jusqu'à 33 % chez les adolescents) à l'apport total de liquide augmente avec l'âge, les principaux contributeurs de l'apport restent les boissons, c'est-à-dire tout type de liquides à l'exception de l'eau. Les boissons représentent 52 % de l'apport chez les 2 à 5 ans et 47 % chez les adolescents. 

 

Une récente étude révèle que 75 % des enfants en bonne santé (âgés de 9 à 11 ans) ne boivent pas d'eau avant d'aller à l'école. Naturellement, les enfants ne buvant rien avant de démarrer leur journée présentent une osmolalité urinaire élevée. Toutefois, et de manière assez surprenante, l'osmolalité urinaire est également élevée chez les enfants buvant une grande quantité de boissons autres que l'eau (Stookey et al., 2011). La consommation d'eau potable répond aux besoins en hydratation sans accroître la charge en solutés des reins, et donc sans augmenter l'osmolalité urinaire. Au vu de ces données, les écoliers pourraient être exposés à un risque d'apport insuffisant en eau au regard des recommendations de l'IoM, de l'EFSA ou de la WHO. 

III.2. Augmentation de l'apport en eau : un fondement des programmes de sensibilisation des enfants à une hygiène de vie saine

III.2.1. Effets prometteurs de l'apport en eau dans la prévention du surpoids

L'obésité infantile est un fléau mondial. En 2010, 43 millions d'enfants (35 millions dans les pays en voie de développement) étaient considérés en surpoids et obèses (Figure 6), et 92 millions d'entre eux présentaient un risque de surpoids (de Onis et al., 2010). La prévalence mondiale du surpoids et de l'obésité a augmenté de 60 % entre 1990 et 2010 (de Onis et al., 2010) et, dans certains pays (aux États-Unis en particulier), la proportion d'enfants en surpoids a triplé depuis 1980 (WHO, 2006).

70
60
50
40
30
20
10

1990199520002005201020152020

Monde

Pays en voie de développement

Asie

Pays développés

Afrique

Amérique latine et Caraïbes

 

Figure 6. Nombre (en millions) d'enfants en surpoids et obèses âgés de 0 à 5 ans : 1990-2020.

(Adapté de Onis et al., 2010)

 

La prise de poids pendant l'enfance est un véritable sujet de préoccupation, car c'est un facteur déterminant important de l'obésité à l'âge adulte (de Onis et al., 2010, Guo et al., 1999, Symonds et al., 2011).

 

Une alimentation saine est l'une des clés de la prévention de l'obésité, et une consommation de liquides adaptée est indissociable d'un régime équilibré. Il est communément admis que l'ingestion d'eau réduit l'apport énergétique. Cependant, peu d'études ont évalué l'effet direct de l'eau sur la gestion du poids chez l'enfant. 

 

Une étude a récemment montré que la promotion d'une hydratation saine dans les écoles élémentaires, passant par une meilleure accessibilité à l'eau via la mise en place de fontaines et par des cours sur la consommation d'eau, constitue une stratégie efficace pour réduire le risque de surpoids de 31 % au sein du groupe d'intervention (Muckelbauer et al., 2009). 

 

Une étude portant sur les enfants en surpoids révèle que la consommation de 10 ml/kg d'eau fraîche peut augmenter la dépense d'énergie au repos, et ce pendant au moins une heure après l'ingestion. Bien que l'accroissement du métabolisme observé soit de courte durée et temporaire, les auteurs en ont déduit que si les enfants consommaient la quantité d'eau quotidienne recommandée, cette dépense énergétique accrue représenterait une perte de poids de 1,2 kg par an (Dubnov-Raz et al., 2011). Les données disponibles étant limitées, il conviendrait de mener de nouvelles études pour déterminer si cette stratégie s'avérerait efficace en conditions réelles.  

 

Ces premiers résultats laissent tout de même à penser qu'une consommation d'eau plus importante peut avoir un impact positif sur la gestion du poids chez l'enfant. Si ce mode d'action s'avère efficace, les programmes relatifs à l'eau potable pourront peut-être apporter une contribution. Les autorités de santé publique insistent de plus en plus sur l'importance d'un régime alimentaire sain et de l'activité physique dans la prévention du surpoids et de l'obésité chez les enfants et les adolescents.

III.2.2. Une action prioritaire, en faveur d'une hygiène de vie plus saine chez l'enfant

Face au fardeau croissant que représente l'obésité, des cadres d'action sont mis en place, notamment pour promouvoir la santé des enfants. Ils reposent sur la modification des pratiques en termes d'hygiène de vie, en encourageant par exemple l'activité physique et l'adoption d'un régime alimentaire équilibré, privilégiant l'eau plutôt qu'une autre boisson. En voici quelques exemples :

 

En 2004, une Stratégie mondiale pour l'alimentation, l'exercice physique et la santé a été adoptée par l’OMS. C'est dans ce contexte qu'a été publié plus récemment un ensemble d'outils visant à guider les États membres dans la mise en place de leur plan d'action national. L'augmentation de la consommation d'eau chez l'enfant a été identifiée comme un domaine d'action prioritaire en matière de prévention de l'obésité infantile, (WHO, 2012).

 

  • Parmi ses recommendations, l'Institut de médecine (IoM, 2007, pp 5) encourage également le choix de l'eau comme étant une alternative plus saine à l'école : « Les écoles doivent mettre gratuitement à la disposition des élèves de l'eau plate non aromatisée, et ce tout au long de la journée, sous forme de bouteilles ou de fontaines ».
  • De la même manière, en France, les recommandations suivantes ont été émises dans le cadre du Plan National Nutrition et Santé (PNNS, 2008) : « L'eau peut être consommée sans modération au cours des repas et entre les repas. Pour rester en bonne santé, l'eau constitue la seule boisson essentielle. C’est celle qui désaltère le mieux, sans apporter de calories ».
  • Des programmes servant la même ambition sont actuellement menés à l'échelle internationale. Par exemple, le service d'alimentation et de nutrition, qui fait partie du Ministère de l'Agriculture américain (2010), a récemment lancé une initiative visant à lutter contre l'obésité infantile. Bien qu'il soit trop tôt pour juger de son efficacité, le programme « Let’s Move » encourage des actions simples, telles que des recommandations en faveur d'habitudes alimentaires saines dans les écoles et à la maison, d'un meilleur étiquetage des produits et d'une plus grande activité physique quotidienne pour les enfants. Parmi les alternatives plus saines proposées, il incite notamment à mieux choisir ses boissons, en préférant l'eau à des boissons sucrées. 
     

Enfin, de récents essais randomisés et contrôlés révèlent que la consommation de boissons non caloriques a pour effet de réduire la prise de poids chez les enfants et les adolescents (de Ruyter et al., 2012, Ebbeling et al., 2012).

III.2.3. Action mondiale : exemple de programme de développement à long terme

Les programmes de sensibilisation des enfants à une bonne hygiène de vie prennent en compte l'importance d'une bonne hydratation, de préférence avec de l'eau, en intégrant celle-ci à leurs mesures clés. Certains d'entre eux produisent déjà des résultats encourageants. 

 

Le programme EPODE (Ensemble Prévenons l’Obésité des Enfants) intervient sur le plan local afin de prévenir l'obésité infantile. Il vise à développer une méthodologie de prévention de l'obésité dans différents pays. Ce programme implique tous les acteurs d'une même communauté afin d'encourager les familles à adopter une hygiène de vie saine (régime alimentaire équilibré et activité physique). Les actions préventives s'attachent notamment à promouvoir la consommation de boissons plus saines auprès des enfants et des adolescents. Une étude pilote lancée en 1992 dans deux villes françaises indique que la prévalence du surpoids chez les enfants âgés de 5 à 12 ans est sensiblement inférieure dans les deux villes pilotes comparativement aux villes témoins, à savoir respectivement de 8,8 % et 17,8 % (Romon et al., 2008). Depuis son lancement officiel en 2004, le programme a été largement mis en œuvre dans toute la France. En outre, le modèle a également été repris dans 5 autres pays (Tableau 2).

Programmes EPODE à long terme développés à travers le monde

Tableau 2. Programmes EPODE à long terme développés à travers le monde.

 

Dans le cadre des deux derniers programmes, des actions spécifiques ont été développées afin de promouvoir la consommation de boissons saines. Le thème du programme OPAL « Water: The Original Cool Drink » a pour but d'encourager les enfants à remplacer les boissons sucrées par l'eau du robinet. 

 

Les autorités de santé publique et les sociétés scientifiques s'accordent à dire qu'il faut privilégier l'eau sur les autres types de boissons. L’eau est toujours un choix sain et constitue la seule boisson indispensable à notre organisme. Elle est dépourvue de calories, de sucres et d’additifs. C'est la raison pour laquelle l'eau doit être la boisson de prédilection pour s'hydrater.

 

Messages à retenir

La plupart des recommendations en matière d'apport total en eau chez l'enfant reposent sur des enquêtes de consommation et des calculs théoriques, d'où une disparité dans les valeurs de référence d'un pays à l'autre.
Selon les recommendations, les enfants présentent des besoins en eau spécifiques jusqu'à l'adolescence, qui diffèrent de ceux des adultes.
L'obésité infantile est en augmentation dans le monde entier et représente un enjeu majeur dans la mesure où la prise de poids pendant l'enfance est un facteur déterminant important de l'obésité à l'âge adulte.
L’eau est toujours un choix sain. Elle est dépourvue de calories, de sucres et d’additifs. C'est pourquoi elle est recommandée comme étant la boisson à privilégier par de nombreuses organisations professionnelles.
L'augmentation de l'apport en eau est de plus en plus considérée comme une mesure prioritaire en faveur d'une hygiène de vie plus saine chez l'enfant.

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